Cette semaine, l’écrivain guinéen, Thierno Saidou Diallo connu sous le nom de Thierno Monenembo était dans la région de Labé. La rédaction de guinee7.com a eu un entretien avec lui. Interview.

Guinee7.com : Monsieur Diallo, pourquoi Thierno Monenembo plutôt que Thierno Saïdou Diallo ?

J’ai choisi un pseudonyme, ce qui est courant en littérature. Beaucoup d’écrivains avancent masqués c’est-à-dire ils s’inventent des faux noms et le mien c’est Monenembo. Si je le décompose Mo littéralement donne DE ; Néné la MAMAN et BO c’est le nom de la maman. Donc Thierno Monenembo ce qui veut dire Thierno fils de Bo.

Depuis presque deux ans vous êtes en Guinée. Aujourd’hui vous êtes à Labé quel est l’objectif de votre visite dans cette région ?

A Labé, je suis venu ici accidentellement. Réellement j’étais venu à Pita dans le cadre d’une cérémonie. Nous sommes venus célébrer les 70 ans de la mort d’un grand résistant français d’origine guinéenne, d’origine pitanaise, si j’ose dire, qui s’appelle Hady Bah et qui a fait l’objet de mon dernier roman intitulé ‘’le terroriste noir’’. J’ai profité de la courte distance qu’il y a entre Pita et Labé pour venir faire un tour saluer quelques amis.

 Vous nous avez reçu au Musée du Foutah, donc commençons par l’aspect culturel, un mot sur la culture  en Guinée ?

Je pense que des initiatives sont en train de se faire d’un bout à l’autre du pays. Au Musée du Foutah ici, le travail est absolument méritoire. Les musées du pays sont en train de rayonner aujourd’hui à travers le monde. On n’en parle partout dans la vie culturelle.

Malheureusement, ces initiatives sont souvent ponctuelles assez isolées on n’a pas encore obtenu le cadre psychologique et juridique permettant la renaissance  culturelle de grande envergure. Pourquoi ? Parce que l’Etat guinéen a embrigadé la culture ; L’Etat a caporalisé la culture ; l’Etat a sélectionné la culture. Seule la culture de la réjouissance, le tam-tam, les discours démagogiques ont fait l’objet de promotion. Tout le reste a paru dangereux pour les dirigeants : la sculpture, la peinture, la poésie, la philosophie, la littérature sont des genres suspects aux yeux de ceux qui dirigent depuis l’indépendance en Guinée. L’écrivain aussi fait partie mais comme l’écrivain est insaisissable, il est incontrôlable, il est très difficile de caporaliser un écrivain. C’est pourquoi d’ailleurs que la plupart des régimes africains se sont méfiés des écrivains.

Votre plume est très sévère à l’endroit des gouvernants, pourquoi cela ?

Je  pense que la littérature est un contre-pouvoir  dans le monde entier et dans tous les temps. C’est parce que les poètes et les écrivains ont ouvert leurs gueules, ont versé leur sang que la liberté a progressé dans la vie humaine.

Vous savez la révolution française, c’est d’abord et avant tout les philosophes et les écrivains français. Sans Voltaire, sans Rousseau, sans Diderot… il n’y aurait jamais eu la révolution française. Ils se sont engagés sur le plan des idées, sur le plan du combat quotidien, du combat physique même. Lorsque les idées ou les sentiments sains et forts de l’écrivain rencontrent le peuple personne ne peut résister.

Des rumeurs disaient que Thierno Monenembo a rejoint l’opposition guinéenne notamment l’UFDG, qu’en est-il ?

Ecoutez mon cher, c’est une propagande venue de l’Etat guinéen bien évidemment. Tout le monde sait que je suis membre d’aucun parti politique, mais je peux me réclamer de l’opposition. Ceci dit, lorsqu’elle m’invite à une manifestation j’y vais. Je ne me cache pas. Je vais. J’apparais en public devant les caméras de télévision et devant les micros des radios donc je n’ai pas à me justifier là-dessus. J’ai toujours été dans l’opposition. Hier aussi au temps de Lansana Conté j’étais dans l’opposition et pour être clair je me suis opposé à tous les régimes qui se sont succédé.

En ce moment encore il  y avait un monsieur qui s’appelle Alpha Condé dans l’opposition on se rencontrait et personne ne m’a accusé à cette époque-là d’être membre du RPG.

Non Monsieur Diallo c’est un peu différent, cette fois on dit que vous êtes dans le bureau politique national de l’UFDG ?

J’insiste encore j’ai toujours été dans l’opposition aux côtés d’un monsieur qui s’appelle Alpha Condé. Mais jamais un membre d’un parti politique, je ne comprends donc pas cette mauvaise foi. Vous savez on est en Guinée, la manipulation politique c’est un travail  usé jusqu’à la corde. Il est né dans le stalinisme en Union soviétique  parce que tout ce qui s’est fait en Guinée c’est le reflet  du communisme à Moscou ou le parti communiste français. Je n’ai pas peur, ils n’ont qu’à aboyer 2000 ans durant ça ne me gêne pas. Je sais exactement ce que je fais et quand je le fais c’est à visage découvert. Je suis un homme libre.

A votre arrivée en Guinée, la situation politique était tendue. Un mot sur la gouvernance ?

Elle est confuse. Malheureusement depuis l’indépendance, la classe dirigeante guinéenne est très mauvaise. Pire que ça, je pense qu’elle est un fléau. Elle  a détruit ce pays, ruiné l’économie, elle a divisé les Guinéens, elle a appauvri tout le monde et il n’y a aucune perspective. L’horizon est absolument brumeux. Avec le nouveau régime aussi je ne vois rien de nouveau ou de positif, rien d’encourageant, c’est déprimant.

Parlant d’insécurité, depuis quelque mois les populations vivent dans la terreur. Mêmes des hauts cadres de l’Etat n’y échappent…

L’insécurité est symptomatique d’une chose que tout le monde observe : c’est l’absence de l’Etat ; c’est la carence de l’Etat ; c’est la nullité de l’Etat ; c’est malheureux quand un Etat ne joue pas son rôle. Ce qui se passe chez nous chacun est laissé pour compte. Ici la raison d’être de l’Etat c’est réprimer des manifestants.

Plus grave encore, les gouvernants ne s’occupent pas d’hygiène, des écoles, des routes. Il n’y a même pas de police routière en Guinée. Ce qui fait que les accidents sont quasi quotidiens chez nous. Il n’y a pas de contrôle routier, des permis de conduire sont vendus à des gens qui ne connaissent pas le code de la route à plus forte raison conduire. Même la façon dont les routes sont faites c’est mortel pour un conducteur. Tout est à revoir

                                                                          Interview réalisée par Alpha Ousmane Bah

 

 

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